Centenaire oblige, les auteurs de roman jeunesse ont beaucoup écrit sur La Grande Guerre . En 2014 et 2015 sont parus en France, entre autres, 6 titres dont un recueil de nouvelles que nous associerons à 5 romans dans ce post. Et nous commencerons par présenter ce recueil de récits basés sur un objet de la Première guerre mondiale. Dans La grande guerre, 11 auteurs, dont Michael Morpurgo, John Boyne, Timothée de Fombelle ou David Almond, auteurs majeurs de la littérature jeunesse, ont chacun écrit une histoire autour d'un objet emblématique du conflit. Sur le front ou à l'arrière, au début du 20e siècle ou aujourd'hui,l’objet en question (casque Brodie, affiche de recrutement irlandaise, partition de musique, ou assiette à beurre ...) dénonce les millions de vie disparues ou bouleversées par la guerre, et les raconte. Le désaccord entre deux frères, l'un militariste, l'autre pacifiste, qui s'affrontent aujourd'hui, au moment du Centenaire, un bout de bombe enfoncée depuis des lustres dans le tronc d'un arbre, jetée d'un Zeppelin sur Londres et qui ravive des souffrances à la veille de la Seconde guerre, l'entrée en guerre de l'Irlande aux côté de sa vieille ennemie l'Angleterre, la partition d'un musicien de jazz américain parti sur le front en Europe en 1917, le sacrifice d'une jeune fille irlandaise qui s'occupe de son frère traumatisé et renonce à ses études pour prendre la place dans la maisonnée de sa mère disparue, un jeune garçon qui donne le petit soldat symbole de son père disparu et quitte ainsi son enfance ... autant de destins chamboulés par le conflit, par l'absurdité du monde.
De son côté, après avoir déjà écrit de magnifiques textes sur 14-18, Michael Morpurgo récidive en 2015, avec Le mystère de Lucy Lost, une jeune américaine naufragée du Lusitania en avril 1915, et recueillie par une famille sur une île anglaise dans l'archipel des Scilly cher à l'auteur. Amnésique, elle devient un mystère pour tous les habitants de l’île qui la prennent pour une Allemande car elle on l'a trouvée avec une couverture portant le nom du Kaiser et parce qu'elle ne parle pas ... Dans ce texte, Morpurgo renoue avec certains thèmes : le lien enfant-animal qui offre une sorte de thérapie à Lucy par le biais d'un magnifique cheval, le lien particulier et secret entre des enfants, le thème de l'éducation et de la tolérance, les deuils et les traumatismes psychologiques.
Paul Doswell, de son côté, écrit au cœur du conflit l'histoire de trois jeunes garçons un Allemand, un Américain d'origine allemande et un Anglais, dans un ouvrage intitulé 11novembre. C'est à la fin du conflit que les trois garçons de moins de 20 ans s'engagent, se croisent se battent, meurent ou survivent le tout dernier jour de la guerre. Un narrateur extérieur nous donne à voir les peurs, les espoirs, les doutes et les affres communs de la jeunesse sacrifiée dans ce conflit extrêmement meurtrier.
C'est une tout autre ambiance que Pascal Vatinel propose avec La dernière course, l'histoire, inspirée de faits réels, d'un groupe de 400 chiens de traineau transportés d'Alaska pour aider les troupes alliées sur le front des Vosges. Le héros est une héroïne, une jeune québécoise, musher aguerrie, orpheline, qui affronte de nombreux dangers pour l'amour de ses chiens, de ses amis, pour assumer sa mission sous un déguisement de soldat et pour être digne de l'homme qui l' a élevée en Alaska. Le roman de Pascal Vatinel a le souffle des textes de Jack London auquel on ne peut s'empêcher de penser, le sens des grands espaces, l'amour de la nature et la capacité à la glorifier.
John Boyne, quant à lui, propose un texte très sensible qui raconte, dans Mon père est parti à la guerre, les quatre années d'attente fiévreuse d'Alfie, petit garçon anglais dont le papa s'est engagé le lendemain de son 5e anniversaire, le laissant seul avec sa mère et sa grand-mère, ainsi qu'avec son meilleur ami objecteur de conscience. La guerre vue de loin par un enfant qui soutient sa mère en travaillant en cachette, la situation des objecteurs de conscience emprisonnés, le travail des femmes, le début de l'évolution de la condition féminine et la difficile reconnaissance des traumatismes psychologiques graves des hommes à leur retour sont les thèmes principaux de l'auteur dans ce très beau roman.
Enfin, La vie au bout des doigts d'Orianne Charpentier clôt cette suite de textes tout aussi prenants les uns que les autres car ils proposent une vision de la guerre différente de la plupart des autres, et racontent les conséquences de la guerre sur les civils, les familles, les amis, la solidarité, l’incompréhension devant l'absurdité de ce conflit. Le texte d'Orianne Charpentier se lit d’une traite malgré ses 405 pages. Elle brosse tout à la fois l'histoire d'une jeune fille singulière à plusieurs titres et le paysage du siècle naissant dont elle rappelle le fourmillement de découvertes scientifiques et artistiques, la rationalité triomphante et la vie plus ou moins secrète de gens doués du don de guérisseur ou de vision qu'elle fait s'opposer dans certains passages à la médecine qui se veut moderne et à la recherche psychanalytique qui vient de naître. Un siècle qui s'agite dans tous les sens et pas seulement sur les champs de bataille. Guenièvre y est une jeune fille ballotée par les événements mais tenue par l'amour qu'elle reçoit et qu'elle porte aux autres.
Ces 6 ouvrages ont la qualité commune de s'adresser au jeune lecteur pour lui donner à voir toute la dimension humaine de la guerre en dehors de la réalité que peuvent vivre les soldats dans les tranchées, sous les obus et les mitraillettes. Ils lui rappellent que la guerre n'est pas que sur les champs de bataille et qu'elle meurtrit les peuples, les gens à l'arrière, toute une population dont la vie quotidienne et le destin sont bouleversés.
La grande guerre, histoires inspirées par des objets emblématiques de 1914-1918, collectif, illustrations de Jim Kay, Hachette livre, 2015
Le mystère de Lucy Lost, Michael Morpurgo, Gallimard jeunesse, 2015
11 novembre, Paul Doswell, Naïve, 2014
La dernière course, Pascal Vatinel, Actes sud junior, 2014
Mon père est parti à la guerre, John Boyne, Gallimard jeunesse, 2014
La vie au bout des doigts, Orianne charpentier, Gallimard Scripto, 2014
Image : centenaire.org
Ce blog se propose de parler du roman pour la jeunesse, passé et actuel, qu'il soit destiné aux jeunes lecteurs ou que ces derniers l'aient plébiscité. J'y déposerai mes notes de lecture sur les romans que j'ai lus et sur les ouvrages critiques qui étudient cette partie de la production éditoriale pour la jeunesse. Je ne suis qu'un amateur, mon opinion est donc parfaitement subjective. Étant plutôt positive dans la vie, je ne parlerai que des oeuvres qui m'ont plu, beaucoup intéressée ou dont je pense qu'elles occupent une place à part dans ce vaste corpus dont je ne ferai évidemment pas le tour. Au lieu de garder mes notes sur des cahiers de papier, je les confie à ce blog pour les partager, et pourquoi pas, provoquer des échanges ou discussions sur le roman pour la jeunesse, français et étranger. Enfin, ce blog porte le prénom de trois personnages qui me semblent emblématiques : Rémi, le petit orphelin de Sans Famille d'Hector Malot, né dans les années 1870 et symbole de la quête de l'identité et des origines, mais aussi de l'enfance volontaire ; Aline (et non Alice), héroïne de Colette Vivier dans son roman La maison des petits bonheurs (1939), où le quotidien apparemment banal de la famille et de l'enfance prennent une ampleur héroïque, et que les jeunes connaissent peu aujourd'hui ; enfin, l'incontournable Harry , dont je tais ici le nom puisque ses admirateurs s'en sentent suffisamment proches pour le désigner, comme un ami, par son seul prénom, et qui, non content de s'inscrire dans une certaine tradition britannique, a donné ou redonné la joie de lire à des millions d'adolescents et à leurs parents.
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samedi 20 février 2016
mercredi 5 août 2015
" Broadway limited .Un dîner avec Cary Grant "
Le nouveau roman de Malika Ferdjoukh est tellement enthousiasmant qu'on ne sait par où commencer pour en parler bien et surtout convaincre de se jeter dessus, toutes affaires cessantes ... 582 pages de pur bonheur, à Manhattan, après la Seconde guerre mondiale. Jocelyn Brouillard, jeune parisien de 17 ans , arrive à New York où une école de musique réputée lui ouvre ses portes à l'aide d'une bourse. Nous sommes en 1948 et un ami lui a conseillé de se rendre dans une petite pension nommée " Giboulée " . mais "damned !", cette maison ne reçoit que des filles !! Jocelyn va amadouer par ses talents de pianiste le " dragon ", Artemisia, vieille dame indigne et propriétaire de la pension avec sa soeur Céleste Merle. Il séduit aussi toutes les pensionnaires du lieu, et nous allons découvrir avec lui la vie tourbillonnante de ces demoiselles dont chacune a un lourd secret ...
Si l'on retrouve le rythme et l'humour de l'écriture de Malika Ferdjoukh, on savoure aussi tout le travail de documentation qu'elle a pu faire pour écrire ce premier tome de Broadway limited. Grâce à elle, on voyage dans le temps vers un New York plein de vie et en particulier plein de vie artistique : théâtre, cinéma et musique remplissent l'histoire de cette flopée de protagonistes. Jocelyn est vite embauché comme pianiste de revue, en marge de ses études de musicologie, et les filles de la pension sont toutes qui danseuse, qui chanteuse, qui comédienne. De petits boulots les aident à survivre en attendant la gloire, qui sait ? ... Sont évoqués les acteurs, réalisateurs et musiciens de l'époque, on assiste au développement du cinéma, des revues et à l'essor de la musique jazz en croisant Grace Kelly, James Stewart, Clark Gable et le futur Woody Allen encore adolescent, entre autres. L'histoire n'est pas en reste puisque Jocelyn (dit "Jo", à l'américaine) tombe amoureux d’une jeune activiste qui soutient les artistes de tous genres accusés de collusion avec le communisme ... La condition féminine de cet après-guerre à New York est aussi l'un des thèmes du roman. Jo, de son côté, apporte une touche européenne et les souvenirs de la France occupée. Il découvre l'Amérique, sa musique, ses fêtes bizarres ( Halloween et Thanksgiving), sa gastronomie (il pense que la pizza et le coca-cola feront un tabac en France !!), ses traditions sociales et les rites qui marquent les relations garçons-filles. Ajoutez, à la vie de la pension, les chagrins des unes et des autres, deux chats philosophes, un chien patibulaire, deux domestiques très maternelles, des voisins attachants et vous retrouverez tout le charme des histoires de Malika Ferdjoukh qui a le don, aussi, de tisser patiemment des liens entre des personnages apparemment éloignés, l'air de dire que l'Amérique, c'est petit ! On retrouvera, à la lecture de ce premier tome (vivement le deuxième !!) tout le plaisir de lecture ressenti avec les différents volumes de la vie des "Quatre sœurs" Verdelaine, édités eux aussi à L'école des loisirs. Je parie, à l'instar des demoiselles de la pension Giboulée, " Un dîner avec Cary Grant " que cette lecture ne vous laissera pas indifférents ...
Broadway Limited. Un dîner avec Cary Grant ; Malika Ferdjoukh, L'école des loisirs, 2015.
Image : Manhattan sur Wikimedia Commons
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vendredi 1 mai 2015
" Charlotte "
C'est sur le ton de la confidence que David Foenkinos raconte l'histoire de Charlotte Salomon dans son roman " Charlotte " publié en 2014 chez Gallimard. Si nous en parlons ici, c'est parce qu'il est lauréat du prix Goncourt des Lycéens 2014, et qu'il est toujours intéressant de voir ce qui a pu toucher le lectorat des élèves de seconde qui participent à ce prix et qui ainsi plébiscitent un texte d'ailleurs souvent différent du celui du lauréat du prix Goncourt tout court. On ne peut qu'être touché évidemment par l'histoire, tragique à plusieurs égards, de Charlotte Salomon, jeune berlinoise juive qui voit sa jeunesse et son grand talent de peintre fauchés par la barbarie du nazisme. Mais c'est surtout la rencontre de l'écrivain avec le personnage réel de son texte que le récit veut mettre en relief. A partir de la découverte d'un être dans sa singularité, de son histoire et des lieux de sa vie retrouvés et visités que le romancier expose la genèse du texte, sa lente maturation et ses " retrouvailles " avec un personnage qui ré-existe sur le papier. Concomitamment, et dans une longue litanie de phrases coutes qui font un dessin sur chaque page, Foenkinos raconte Charlotte et sa propre expérience d'auteur, l'écriture de son livre. C'est peut-être aussi cet aspect-là de l’œuvre qui a touché les jeunes lecteurs électeurs du Prix, à côté du thème de la jeunesse et de l'art broyés par l'Histoire, de la singularité qui plie devant le destin collectif.Autoportrait de Charlotte Salomon ; Wikiledias commons
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mercredi 8 décembre 2010
"On s'est juste embrassés"
C'est parce qu'elle connaît bien les adolescents et surtout leurs difficultés qu'Isabelle Pandazopoulos a pu écrire "On s'est juste embrassés"publié chez Gallimard, dans la collection Scripto, en 2009, avec une réelle justesse de ton. Pour son héroïne, Aïcha, les difficultés sont de trois ordres et tout d'abord psychologiques. Abandonnée par un père qui fuit, lorsqu'elle a huit ans, une vie qu'il juge décevante, Aïcha vit avec sa mère Saïda, seule, renfermée sur elle-même et dont elle ne sait presque rien tant le silence s'est installé entre elles. La jeune fille rencontre aussi des difficultés d'origine socio-culturelle : elle sait qu'elle est d'origine algérienne, que ses grand-parents sont venus à Paris 80 ans plus tôt faire leur vie et fonder une famille. Mais elle ne sait rien d'eux, d'où la soif de connaître ses origines, son identité. N'obtenant pas de réponse à ses questions, elle s'invente un passé, une famille, bref un roman personnel digne des théories d'une Marthe Robert. Sur cette quête d'elle-même pèse un lourd secret de famille qui aggrave ses relations avec sa mère mais provoquera le retour au père. À ces épreuves s'ajoutent celles que connaissent les beurettes des cités, ces jeunes filles sur le comportement desquelles repose tout l'honneur de la famille, surveillées par un père ou un frère qui n'hésitent pas à frapper ou bannir s'ils considèrent cet honneur entaché et ce dans le silence résigné des mères, tantes ou soeurs qui subissent un sort similaire si elles soutiennent les jeune filles en question. Le texte d'Isabelle Pandazopoulos est simple, précis, usant d'un langage courant qui exprime les choses directement, sans emphase. Les phrases courtes ou composées de plusieurs propositions indépendantes accumulées et séparées par des virgules donnent au roman un aspect de reportage documentaire : le lecteur découpe la scène et la vit en même temps. Les relations entre hommes et femmes dans la société maghrébine musulmane, la vie dans les cités et la violence faite aux filles, la question de l'honneur réglée par les coups ou l'abandon, la difficulté de vivre avec des origines étrangères dans un pays différent où la femme a une place autre, la quête de l'identité et la recherche du père sont au coeur de ce roman qui se lit d'une traite. Isabelle Pandazopoulos confirme, par sa connaissance de la jeune fille actuelle et de ses difficultés particulières, le rôle de témoin de l'auteur qui s'adresse sciemment au lectorat adolescent. L'écrivain démontre aussi que les problèmes des jeunes d'aujourd'hui ne concernent pas seulement les rapports entre filles et garçons, même si la construction de l'identité sexuelle et les relations avec l'autre sexe nourrissent également le récit avec la question cruciale de la famille et celle de la place du jeune dans la société. Le roman d'Isabelle Pandazopoulos promène un miroir le long des bâtiments de la cité, de nos cités, miroir qui renvoie aux jeunes lecteurs de multiples reflets d'eux-mêmes et des jeunes qui les entourent au quotidien, ces jeunes qui appartiennent à deux cultures mais à aucune vraiment.
On s'est juste embrassés, Isabelle Pandazopoulos, Gallimard jeunesse, Scripto, 2009.
Source photographique : Cité des Côtes d'Authy déposée par Al sur Wikimedia commons.
Source photographique : Cité des Côtes d'Authy déposée par Al sur Wikimedia commons.
samedi 4 décembre 2010
"La jeune fille rebelle"
C'est à Anvers et en néerlandais que paraît en 2009 le roman de Jean-Claude Van Rickeghen et Pat Van Beirs, "Jonkvrouw". Pour les éditions Mijade en Belgique, Jean-Philippe Bottin et Anne Roggle en proposent la traduction française sous le titre "La jeune fille rebelle". Ce titre français ajoute une notion supplémentaire au néerlandais qui se contente du terme "Demoiselle" (jonkvrouw) et propose au lecteur de découvrir l'histoire d'une jeune fille dont le caractère et le comportement sont d'emblée donnés et lui font attendre un certain type de récit. Ce roman historique se situe dans la Flandre du XIVe siècle, dans la région de Bruges et de Gand, pendant la Guerre de Cent ans qui oppose sporadiquement Anglais, Français et leurs alliés respectifs. Dans un premier chapitre remarquable, la narratrice raconte sa propre naissance. Le titre du chapitre est clair : le père du nouveau-né attend un garçon, on sait donc que l'enfant sera une fille et que l'intrigue entière découle de cette malédiction pour un Comte du XIVe siècle qui attend un héritier d'autant plus que les 3 naissances suivantes donnent des garçons morts-nés et que la Comtesse en perd la tête. La "jeune fille rebelle" va donc passer les quelques années que suit le déroulement du récit à, à la fois, résister à un père qui la rejette et veut la marier à qui bon lui semble, et à le conquérir en tant que fille, que véritable et digne héritière du Comté de Flandre. Le texte de 282 pages a toutes les qualités d'un roman d'aventures historiques : chevauchées, batailles, vie d'un château médiéval, activités des villes de Bruges et de Gand hautes en couleurs. Le récit à la première personne présente une sorte de chronique rédigée par Marguerite de Male, future Comtesse de Flandres dont le nom de famille présage de sa capacité, comme un homme, à assumer la destinée d'un territoire. Outre la condition des filles de la Noblesse, leur éducation, leur vie affective, le roman donne un tableau précis de la vie flamande au XIVe siècle, des relations du Comte avec les deux grandes puissances en guerre et avec le pape qui surveille les alliances entre les Grands de ce monde. Et le terme de tableau vaut aussi pour toutes les qualités de ce texte qui joue à l'envi avec les cinq sens : le lecteur profite des images visuelles, sonores, olfactives, tactiles, auditives et gustatives riches et nombreuses qui lui font goûter ce XIVe siècle comme dans un tableau flamand. Bruits et clameurs du château et des villes drapières, chants religieux et poésie profane, paysages d'hiver ou d'été, décor de château, des villes de Bruges et Gand, des forêts et des champs cultivés, des chapelles isolées, parfums du gibier cuisiné, des douceurs aux épices lointaines, du vin et du miel, lumière du nord, chatoiement et douceur du velours et des brocarts, tout enchante la lecture et redonne vie à la Flandre dont la peinture précise doit beaucoup ici aux activités de scénariste, journaliste-reporter et producteur de films des deux auteurs. Pour toutes ces raisons l'on peut engager le jeune lecteur, mais pas seulement, à découvrir ce roman historique où l'Histoire de la Flandre du XIVe siècle sert d'écrin à l'histoire de Marguerite, jeune fille rebelle, franche et conquérante, qui saura captiver aussi par son courage et son obstination à vivre la vie qu'elle souhaite quels que soient les obstacles, à commencer par l'absence de sa mère et le rejet de son père.
Source iconographique : "Portrait de jeune femme", Sandro Botticelli, 1480
http://www.grandspeintres.com
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